Il est des séries bourrées d’actions, divertissantes, marquantes, dotées de personnages charismatiques ou dont le scénario vous bluffe par sa complexité. Il est aussi des séries dites “contemplatives” qui permettent de mettre en lumière un sujet de société et d’en faire la critique de manière plus ou moins détournée.

La série “Rectify” est de celles-ci puisqu’elle évoque la vie dans le couloir de la mort, à l’extérieur mais aussi les conséquences de l’erreur judiciaire. J’ai terminé la deuxième saison (soit 16 épisodes) il y a peu et j’ai eu envie de vous parler de cette série que j’apprécie beaucoup et dont la 3ème saison est actuellement en production.

Synopsis : Après 19 années passées en prison pour le viol et le meurtre d’Hana, qu’il a avoués, Daniel Holden est finalement disculpé grâce à des analyses ADN. De retour chez lui, cet homme qui n’avait que 18 ans lors de son incarcération et de sa condamnation à mort, tente de se reconstruire et de trouver sa place au sein de sa famille et de sa ville natale. Pas évident lorsqu’autour de soi, tout a changé et que certaines personnes de votre entourage vous considèrent toujours comme un criminel et tentent de vous remettre en prison…

rectify

De prime abord, ce qui surprend ou agace le téléspectateur, c’est la lenteur de la série qui prend son temps pour planter le décor et nous présenter les divers personnages. Ce choix de narration permet de mettre en avant la fragilité et la difficulté de Daniel à refaire surface dans un monde libre et une société qui ont évolué sans lui, dont il ne comprend pas encore tous les mécanismes.

On découvre un homme adulte fragile, parfois mutique, qui a du mal à exprimer ses sentiments et garde pourtant en lui une part de l’adolescence qui lui a été volée. Il redécouvre ce monde qui lui échappe avec les yeux d’un observateur dépassé, égaré et submergé par les années écoulées et des sensations nouvelles. La foi, le progrès technologique, l’amour, la tendresse, le sexe, la liberté sont autant de choses qui le perturbent et qu’il lui faut désormais apprivoiser. Dans un quotidien qu’il tente de se recréer, il se plonge dans une véritable introspection et au travers de ses souvenirs et ses affaires d’adolescent, il tente peu à peu de se réapproprier son identité.

On assiste véritablement à la renaissance d’un homme brisé par le milieu carcéral, avec son lot d’humiliations et de violence, qui a appris la sagesse au travers des livres et de la culture avant même d’avoir été insoucient. L’acteur Aden Young qui joue le rôle de Daniel est d’ailleurs remarquable dans l’expression de différentes émotions qui habitent et submergent son personnage : colère, souffrance, doute, émerveillement, errance : il est capable de retranscrire tout cela en un sourire ou un regard. C’est un acteur doué d’un magnétisme certain qui vous emprisonne dans une interprétation toujours juste et jamais exagérée.

Son personnage, malgré son côté taciturne et secret, laisse parfois transparaitre quelques traits de caractère qui peuvent nous surprendre compte-tenu du contexte : humour, agressivité, empathie… et remettre en question l’opinion que l’on avait de lui jusque là.

daniel holden

Pour nous, téléspectateurs, il est intéressant d’observer chaque parole et chaque geste de Daniel car jamais n’est évoquée son innocence, de manière franche et indéniable. Il ne parvient pas lui-même à se rappeler les évènements qui ont précédé son arrestation et il est aussi en quête de la vérité. On comprend d’ailleurs, au fil de la série, que cela l’amène à ne jamais condamner ceux qui ont cru en sa culpabilité en se basant sur les “preuves” et à respecter leur opinion, quelles qu’en soient les conséquences.

Les scénaristes n’hésitent pas à nous mettre volontairement le doute en racontant des faits à l’aide de flashbacks. Certains en images, au moment où Daniel était en prison, d’autres nous sont simplement contés par des personnages qui resituent le crime et les évènements qui ont suivi.

La dualité de ce personnage que l’on arrive pas toujours à cerner et qui s’y perd lui-même fait également tout le charme de cette série et entretient un climat d’intensité et de pesanteur permanent. Malgré cela, on n’assiste jamais a des scènes larmoyantes ou pathétiques ou à des dérives accusatrices ou dénonciatrices sur la vie carcérale. Malgré un rythme lent, la série progresse et on ne s’ennuie pas tant certaines scènes sont poignantes. C’est une série profonde, de celles qui vous font réfléchir sur le sens de la vie et la société en général, véritable vivier d’émotions et de compassion. Pour autant, le comique de situation n’est pas en reste au travers de scènes drôles, notamment quand Daniel découvre des objets qui n’existaient pas à l’époque de son adolescence ou qu’il fait preuve d’autodérision et d’humour noir.

aden young

Autour de ce personnage central, on retrouve des personnages secondaires forts mais jamais caricaturaux : sa soeur Amantha, qui s’est toujours battue pour son innocence, sa mère Janet, prise entre l’amour qu’elle porte à son fils et son inquiétude grandissante pour l’avenir de celui-ci, son petit frère qui ne connait pas grand chose de lui, son beau-frère Ted et sa belle-soeur Tawny, couple atypique en crise, Jon, son avocat qui tente de le disculper et Roland Foulkes, le sénateur qui, persuadé de la culpabilité de Daniel, tente de le ramener en prison par tous les moyens.

La série nous offre également différents points de vue au travers de personnages “tertiaires” : la mère d’Hana qui vit dans un deuil permanent et refuse de jeter les affaires de sa fille, le frère d’Hana qui cherche à se venger pour atténuer la peine de sa mère et la sienne, un policier convaincu de la culpabilité de Daniel mais qui, peu à peu, vient à douter de cette théorie, deux amis de Daniel et Hana qui étaient là le jour du meutre et qui cachent une partie des faits, l’ancien avocat de Daniel qui a toujours cru en son innocence…

Tous ces personnages permettent d’alimenter à la fois notre réflexion “psychologique” (en nous mettant tour à tour à la place des protagonistes : famille de l’accusé, famille de la victime) mais également la partie enquête en nous apportant des éléments clés pour tenter de résoudre le mystère. Enfin, les plans caméra et la bande originale servent parfaitement le scénario à l’aide d’images et de morceaux émouvants ou percutants.

J’ai beaucoup aimé l’ensemble des élements de cette série, de la réalisation au scénario, en passant par les parties “techniques”.

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Vous l’aurez compris, Rectify est une série forte et grave qui fait réfléchir mais qui n’empêche en rien de la regarder avec une certaine distance. Les acteurs et la complexité des personnages en sont les points forts et il sauront forcément vous toucher. La fin de la saison 2 laisse présager de grands bouleversements et je n’ai qu’une hâte : la découvrir. Je ne saurais que trop vous conseiller de la regarder.

Et vous, connaissez-vous cette série ? Si oui,qu’en avez-vous pensé ?

Pour les autres, vous ai-je donné envie de la découvrir ?